Lac-du-Cerf ou Lac-du-Cerf ?

Article paru dans le journal Le Petit Cervois 2014

C’est un dilemme pour les gens qui arrivent au lac. Comment prononcer le nom du village et du lac? Quoi faire avec le f à la fin de cerf ? C’est tout simplement de l’ancien français. Le f de cerf est devenu muet en français moderne. Nous avons ainsi beaucoup de cerfs (sans f) dans la région et il y a des gens qui habitent le chemin du Cerf (sans f). Par contre, il y a plus de 100 ans, les premiers arrivants ont nommé le lac et le village Lac-du-Cerf (avec un f). Par respect de la tradition et du patrimoine, et en l’honneur de nos ancêtres, les cervoises et cervois habitent Lac-du-Cerf (avec un f).

Profitez donc des beaux cerfs (sans f) autour de nos beaux lacs du Cerf (avec un f).

Recommandation du Comité du patrimoine de Lac-du-Cerf : avec un f !

La rivière souterraine

« Lac-du-Cerf La Mémoire du Temps »
De Luc Coursol paru en 1992.
Extraits proposés par Shirley Duffy et publiés dans le journal Le Petit Cervois 2011

La rivière souterraine

Sur le site de l’ancienne glissoire à bois où la compagnie forestière Maclaren fit longtemps descendre son bois coupé à l’intérieur du canton Dudley à la fin du XIXe siècle, la rivière souterraine, où disparaissent les eaux des lacs du Cerf pour réapparaître 900 pieds (300 mètres) plus loin dans les remous de la petite rivière du Cerf, constitue un autre attrait touristique qui gagne à être connu. Chutant spectaculairement sous les rochers mousseux qui encombrent la décharge du petit lac, les eaux y ont formé une longue grotte sous la terre avec les siècles.

La grotte se développe en plusieurs sections de longueurs variables dont les deux plus importantes totalisent plus de 900 pieds (300 mètres) de galeries. L’accès à la première section se fait par une ouverture au flanc du talus. Un puits entre les blocs de pierre permet d’atteindre une ouverture de 3 x 10 pieds (1 x 3 mètres). Cette entrée donne ensuite accès à une galerie à forte pente qui mène à la rivière souterraine et à la chambre principale d’une longueur de 23 pieds (7 mètres) et d’une largeur de 20 pieds (6 mètres) avec une hauteur qui varie entre 3 et 16 pieds (1 et 5 mètres). L’endroit est partiellement occupé par un lac souterrain. Tout autour de cette première chambre de la grotte, de petits passages plus ou moins étroits sont formés par des éboulis infranchissables alors que celui à l’extrémité du lac donne accès à la deuxième chambre qui mesure 17 x 10 pieds (5 x 3 mètres) sur une hauteur de 6 pieds (2 mètres). La grotte contient moustiques, araignées, quelques chauve-souris, écrevisses, perchaudes et truites mais son accès demeure réservé à des spéléologues initiés en raison des blocs d’éboulis parfois instables, des zones d’eaux profondes et de la fréquence des crues de la rivière souterraine.

Le Chalet Boismenu

Article paru dans le journal Le Petit Cervois 2012

En août 1918, Joseph Boismenu et son épouse Georgiana Faubert s’installent à Lac-du- Cerf. Premiers colons à s’établir en permanence, ils sont considérés les fondateurs de la municipalité. Joseph en sera le premier maire.

Joseph et Georgiana perçoivent rapidement une autre vocation pour leur colonie et sont les premiers à développer l’industrie touristique quand, en 1921, ils érigent leur premier chalet sur le bord du petit lac du Cerf. Le bâtiment est en tremble équarri. Cette construction marque le début de la Pourvoirie Joseph Boismenu. Le chalet est loué aux amateurs de pêche et de chasse. Joseph les guide pendant que Georgiana cuisine pour les touristes et nettoie les chalets.

Les premières résidences ont été détruites ou ont été victimes d’incendie. Certains chalets ont été modifiés, mais le plus ancien chalet a survécu dans sa forme originale. Devenu la propriété de M. André Dupont, il est sauvé de la destruction en 1989 quand M. Dupont en fait don à la municipalité.

La municipalité fait reconstruire le chalet au Sentier écologique, un de ses plus beaux attraits touristiques. Deux éléments patrimoniaux sont mis en évidence lorsque le chalet est reconstruit sur l’emplacement du premier campement du chantier debûcherons érigé en 1915. L’office était situé à l’endroit actuel de l’accueil. Le sentier lelong du ruisseau était celui utilisé par les travailleurs et leurs chevaux.

La municipalité a budgété des réparations majeures au chalet pour le printemps 2012. La préservation du plus ancien bâtiment de Lac-du-Cerf est devenue une priorité afin d’assurer son existence en tant qu’attraction touristique pour les générations à venir.

Cet article a aussi paru dans La Laurentie, Nº 12, Hiver 2012, revue de la Société d’histoire et de généalogie des Hautes-Laurentides.

Les coupes de bois au Lac du Cerf

« Lac-du-Cerf La Mémoire du Temps »
De Luc Coursol paru en 1992.
Extraits proposés par Shirley Duffy et publiés dans le journal Le Petit Cervois 2011

Sculpture de Jos Montferrand par Roger Langevin

Les coupes de bois au Lac du Cerf

Sur la rivière du Lièvre, les premières concessions du droit de coupe sont accordées aux marchands de bois Baxter Bowman en 1824 et Lévis Bigelow en 1826.  Afin de maintenir la qualité de leur bois, Bowman et Bigelow ne font abattre que les plus gros pins …

Entre 1832 et 1837, Bowman confie à Joseph Montferrand, un colosse montréalais dont la force et les exploits deviendront légendaires dans tout le pays, la direction d’une équipe de forestiers chargés d’ouvrir la ferme Wabassee dans le nord du canton Dudley. Érigée sur le lot quarante-huit du huitième rang au pied du gros rapide, la maison en pièces de pins équarries à la grande hache par Jos Montferrand et ses hommes constitue la première habitation permanente du canton Dudley et marque le début de l’occupation agricole du sol de Lac-du-Cerf.

À compter de 1850 et avec la multiplication des bateaux à vapeur en acier, le commerce du bois se transforme.  Dès lors, les entrepreneurs commandent la coupe d’autres essences forestières.

Cette période marque l’arrivée de l’Irlandais James Maclaren dans le paysage de la Lièvre. Il se porte acquéreur en 1864, de la concession forestière, des installations et de la scierie exploitées par Baxter Bowman depuis quarante ans.

Maclaren fait construire un nouveau moulin à scie à Buckingham et, dans tout le bassin de la rivière, il multiplie les barrages en bois sur les ruisseaux et les glissoires nécessaires à l’acheminement du bois dravé jusqu’à sa scierie. À la décharge du petit lac du Cerf, une glissoire en bois longue de 400 pieds (130 mètres) érigée au-dessus de la rivière souterraine en 1875, permet d’acheminer jusqu’à la Lièvre le bois coupé à l’intérieur du canton Dudley.

Nos grands pins

Introduction du livre de Luc Coursol « Lac-du-Cerf La mémoire du temps »
Article paru dans le journal Le Petit Cervois 2014

Défiant le temps avec leurs grands muscles porteurs de millions d’aiguilles, les majestueux pins du canton Dudley sont des témoins privilégiés de l’histoire de Lac-du-Cerf. Au cœur d’une abondante vie végétale et animale, ils ont longtemps observé le passage des outardes et des canards glissant cou tendu à l’appel du dégel des eaux. Plus tard, ils ont vu arriver les familles amérindiennes venues chasser le wapiti abondant et pêcher le corégone sous la glace des lacs.

Après le XIXe siècle, plusieurs d’entre eux partent, terrassés par la hache et le godendart pour être ensuite descendus par la rivière du Lièvre vers les marchés britanniques, américains et canadiens. Au début du XXe siècle, une partie de ces grands arbres deviennent maisons, bâtiments, croix de chemin autour desquels les familles de colons, visage noirci par la cendre des brûlis, transforment le sol forestier en terre arable. D’autres seront charroyés au moulin à scie pour devenir portes et fenêtres, meubles, armoires, chaloupes, maisons de pièces érigées à travers le monde, après leur passage aux mains des artisans du bois du canton.

Au fil des années ces beaux pins verront l’activité humaine s’intensifier autour d’eux. Véritable mémoire du temps, ils seront tour à tour témoins des coups de hache de Jos Montferrand venu ouvrir la ferme Wabassee, des abattis, des labours et des premières récoltes, des nuits de drave sur les lacs du Cerf, des départs et des retours de pêche, des corvées pour la construction de maisons, de granges ou de l’église, de la cueillette annuelle des fraises, des framboises et des bleuets, du passage des lourdes charges de bois tirées par de forts chevaux ou acheminées par camion, des rassemblements politiques sur le perron de l’église, des pèlerinages aux grottes de la Vierge, des discussions au Coin et dans les commerces du village, des joyeuses veillées, de l’ascension du mont Limoges et de l’émerveillement de milliers de visiteurs devant la beauté du canton et l’eau cristalline du remarquable sentier écologique. Ils ont aussi entendu les coups de feu des chasseurs, les rires des enfants en route pour l’école, la cloche de l’église annonçant mariages ou baptêmes et le glas sonné pour une personne aimée que l’on porte en terre.

Tels des phares, solidement, tête au vent, ils ont accueilli depuis fort longtemps tous ces arrivants qui ont pris et prennent racine près des leurs à Lac-du-Cerf.